Du 10 au 12 juillet, quatorze femmes ont relié Genève à Lausanne en passant par Yverdon-les-Bains et Aigle. Près de 260 kilomètres, environ 2’500 mètres de dénivelé, de la chaleur, quelques pépins mécaniques, des rires, des larmes et surtout une expérience collective qui a largement dépassé le simple défi sportif.
À quelques jours du Grand Départ du Tour de France Femmes avec Zwift en Suisse romande, Road to Lausanne a permis à des cyclistes aux âges, aux parcours et aux expériences très différents de rouler sur les routes qui accueilleront bientôt les meilleures coureuses du monde.
À l’arrivée à Ouchy, la fierté d’avoir atteint l’arrivée se mêlait déjà à la tristesse de devoir se quitter.
« Quand on voit la diversité des âges, des expériences et des motivations dans le groupe, c’est là qu’on comprend combien le vélo est rassembleur », résume Lillie Rumpf, alias Cycling Heidi, initiatrice et âme de Road to Lausanne.
Lillie, quel bilan tires-tu de ces trois jours ?
Lillie Rumpf :
Ma motivation était simple : montrer qu’ensemble, on est plus fortes. Durant trois jours, j’ai vu des femmes qui ne se connaissaient pas s’attendre, s’encourager, réparer un vélo ensemble, et adapter leur rythme pour que tout le monde puisse arriver au bout.
L’accomplissement, ce n’était pas seulement les kilomètres ou la vitesse. C’était surtout l’attention portée aux autres.
Parties de Genève le 10 juillet, les participantes ont rejoint l’Hôtel du Théâtre à Yverdon-les-Bains après une première journée marquée par la chaleur et les premiers liens qui se créaient au sein du groupe. Le lendemain, la route vers Aigle leur a fait traverser les campagnes vaudoises et les vignobles, avec quelques incidents mécaniques résolus collectivement. Pour la dernière étape, le groupe a quitté Aigle, suivi la rive valaisanne du Rhône, traversé la Riviera et Lavaux, avant de rejoindre l’arrivée à Ouchy.
À Aigle, les participantes ont été hébergées au Centre Mondial du Cyclisme UCI, aux côtés des athlètes qui y vivent et s’y entraînent. Une immersion particulière dans un lieu habituellement associé au cyclisme de haut niveau, mais qui a accueilli pendant une nuit des femmes venues pratiquer le vélo pour des raisons très différentes.
Qu’est-ce qui t’a le plus marquée ?
Les différences au sein du groupe et la manière dont elles ont très vite cessé d’être des barrières. Certaines roulent beaucoup, d’autres avaient encore des doutes sur leur capacité à parcourir une telle distance. Elles ont entre 21 et 65 ans, viennent de plusieurs pays et parlent des langues différentes. Pourtant, après quelques heures, elles formaient déjà un groupe.
Fiona Riat, l’une des participantes, raconte cette évolution avec des mots simples : J’avais un peu d’appréhension parce que je ne connaissais personne. Après trois jours, les inconnues sont devenues des copines. Alors Mesdames, prenez vos vélos et allez rouler. La vie est trop courte pour s’en priver !
Bravo à Marisa, Paula, Laurence, Lucie, Jessica, Marie-Noëlle, Marielle, Erika, Françoise, Fiona, Constanza, Camila, Sandrine et Aurélie, qui ont été choisies parmi plus de 60 candidates. Elles ont relevé le défi et contribué, chacune à leur manière, à l’esprit de Road to Lausanne.
Rouler sur les routes des championnes
Pendant deux journées, de jeunes athlètes de Valais Cycling ont accompagné le groupe. Leur présence a créé un lien direct entre les communautés cyclistes féminines et une nouvelle génération de compétitrices.
Eleanor Goodricke explique : Quand on roule sur les routes du Tour de France, on a l’impression d’être plus connectées aux championnes. Ça nous inspire, on se dit qu’on pourra le faire un jour.
Dans quelques jours, ces mêmes routes accueilleront en effet le Grand Départ du Tour de France Femmes avec Zwift.
Les participantes de Road to Lausanne pourront regarder passer le peloton professionnel en connaissant désormais les virages, les paysages et les montées qui attendent les coureuses.
Lillie précise : Il ne s’agit pas de comparer notre aventure au Tour de France. Mais le passage du Tour donne une visibilité exceptionnelle au cyclisme féminin. Road to Lausanne permet de prolonger cette dynamique au-delà de la compétition et de rappeler qu’il existe mille façons d’être cycliste.
Une équipe qui s’est dépensée sans compter
Derrière les participantes, une équipe a travaillé tout au long du parcours pour assurer l’encadrement, la sécurité, la logistique et la documentation de l’aventure. Nathalie Monnier, figure de la communauté cycliste romande, a joué le rôle d’infatigable « cycliste balai ». Toujours attentive aux participantes placées à l’arrière du groupe, elle s’est assurée que chacune puisse avancer à son rythme et arriver à bon port. La couverture du projet a été assurée par Claudia Lederer et Jeanne Lepoix. Pendant trois jours, Jeanne a roulé et photographié depuis son vélo, se déplaçant sans cesse dans et autour du groupe.
Lillie raconte : On la voyait partout. Un instant, elle photographiait au milieu du peloton, le suivant, on la retrouvait perchée sur un mur pour montrer notre groupe évoluer dans les vignes ou la campagne. Jeanne, c’était notre super-héroïne !
Une vidéo réalisée par Claudia Lederer est également en préparation. Lillie annonce : Les premiers rushes sont prometteurs. On s’attendait à un aftermovie et on aura droit à un mini-documentaire sur notre expérience collective. Claudia est une artiste… Préparez le pop-corn et les mouchoirs !
Road to Lausanne n’aurait enfin pas pu voir le jour sans Andrea Sauser, qui a porté l’organisation et coordonné les nombreuses personnes et institutions impliquées dans le projet.
Plus de 200’000 vues et une aventure largement partagée
Les contenus publiés pendant Road to Lausanne ont généré plus de 200’000 vues sur Instagram à ce jour. Les images, vidéos et témoignages ont été largement relayés par les participantes, les partenaires ainsi que par de nombreuses communautés cyclistes féminines. Ce retentissement montre que le récit d’un groupe de femmes ordinaires accomplissant quelque chose qu’elles ne pensaient pas toujours possible peut toucher bien au-delà du cercle des cyclistes passionnées.
Quel héritage souhaites-tu laisser avec Road to Lausanne ?
J’espère que le projet aura montré aux participantes et au public qu’on peut faire davantage que ce que l’on croit. Il n’y a pas besoin de participer au Tour de France pour accomplir un exploit dont on est fière !
Pour nous, cet exploit a été de parcourir 260 kilomètres. Pour d’autres, ce sera de rejoindre un groupe sans connaître personne, de se mettre au vélo ou simplement d’oser se fixer un objectif.